Politique Diplomatie

 

Les présidents français et ukrainien

La politique étrangère de l'Ukraine indépendante s'appuie sur les intérêts nationaux fondamentaux, ses bases, ses priorités, ses objectifs et ses fonctions sont définis par "Les principales orientations de la politique étrangère d'Ukraine", document conceptuel, adopté par la Verkhovna Rada de l'Ukraine, le 2 juillet 1993, et visant à assurer pleinement ces intérêts nationaux du pays. Cette politique étrangère est basée sur le respect inconditionnel des normes et des principes du droit international, de la Charte de l'ONU, de la Déclaration générale des droits de l'homme, de l'Acte final de Helsinki, de la Charte de Paris pour une nouvelle Europe, ainsi que des autres actes de l'Organisation de la sécurité et de la coopération en Europe.
Depuis la proclamation de son indépendance l'Ukraine a été reconnue par tous les Etats de la communauté mondiale en tant que sujet de plein droit des relations internationales. Elle a établi les relations diplomatiques avec 153 Etats. En Ukraine sont installées actuellement plus de 60 ambassades, 10 bureaux de représentation des organisations internationales, 9 consulats généraux, 11 consuls honoraires. A son tour l'Ukraine a ouvert à l'étranger 55 missions diplomatiques, 8 missions permanentes auprès des organisations internationales, 10 consulats généraux. Les consuls honoraires de l'Ukraine sont nommés dans 16 pays du monde.
L'Ukraine suit constamment la politique visant à approfondir l'intégration européenne et euro-atlantique. Dans ce cadre elle a signé un accord de partenariat et de coopération avec l'Union Européenne (entré en vigueur depuis mars 1998), une Charte sur le partenariat spécifique avec l'OTAN. L'Ukraine considère son adhésion à l'UE en tant que vecteur stratégique de sa politique étrangère. Ce choix primordial est fixé par le décret présidentiel portant l'adoption de la Stratégie d'intégration de l'Ukraine à l'union européenne. A son tour, l'UE acheve l'élaboration d'une stratégie commune concernant l'Ukraine.
Le Troisième Sommet l'Ukraine- UE qui s'est tenu à Kyïv le 23 juillet 1999 est le témoignage de tout premier plan de l'intensification des relations entre l'Ukraine et l'Union Européenne.
L'Ukraine prend une part active à la mise en place d'une nouvelle architecture de la sécurité en Europe, en avançant des idées qui pourraient ouvrir une perspective à la création dans la zone d'influence de l'OSCE des structures et des mécanismes présentant des garanties fermes de la sécurité nationale pour les Etats Membres de l'organisation. Une attention particulière à ce stade est attachée à la dynamisation de la participation ukrainienne dans les manifestations de l'OSCE visant à normaliser la situation au niveau régional. Les représentants de l'Ukraine ont travaillé, notamment au sein des missions de longue durée de l'OSCE en Géorgie, en RFY, en Croatie, aussi bien qu'au sein du groupe du Représentant du Président en exercice de l'OSCE pour le Haut-Karabakh. Dans le contexte du règlement de la crise au Kosovo, l'Ukraine a avancé une série d'initiatives de maintien de la paix qui ont été hautement appréciées par les pays de la région ainsi que par la communauté internationale.
Dans la ligne des efforts consécutifs sur le développement de la coopération régionale l'Ukraine a lancé l'initiative de convocation à Yalta les 10-11 septembre 1999 d'une Conférence internationale " La coopération des pays de la mer Baltique et de la mer Noire : vers une Europe unie du XXIe siècle sans lignes de partage ". La tenue à Lviv le 14-15 mai 1999 de la sixième rencontre informelle des Présidents des pays de l'Europe Centrale (Ukraine, Autriche, Bulgarie, R.EA., Pologne, Roumanie, Slovénie, Hongrie, Tchéquie) est considérée comme une acquisition notable de la diplomatie ukrainienne sur l'axe centre-européen de sa politique extérieure, Les hauts participants au Sommet ont eu un échange fructueux des points de vue sur les questions d'actualité se rapportant à la coopération des pays de la région dans le contexte de la création en Europe d'une situation géopolitique nouvelle à travers le prisme social de l'intégration européenne et régionale. Pour l'Ukraine l'année passée a été marquée par des succès considérables dans le développement de la coopération mutuellement avantageuse avec les pays de la CEI.
D'importants changements positifs dans les relations bilatérales ukraino-russes sont le résultat des efforts insistants de l'Ukraine dirigés vers le remplissage pratique de ce vecteur de la politique extérieure. L'un des plus grands acquis de ces derniers temps est l'achèvement du processus de création de la base juridique des relations ukraino-russes.
1/ Cette année est entrée en vigueur le Traité d'amitié, de coopération et de partenariat entre l'Ukraine et la Russie. La ratification de ce Traité est devenue un résultat logique de toute une époque dans la formation des deux Etats souverains et, en même temps, le début d'une étape qualitativement nouvelle dans leurs relations. L'un des aspects les plus important du Traité est la reconnaissance juridique par les Parties de leurs intégrités territoriales et de l'inviolabilité des frontières qui existent entre elles. Le renforcement des relations de bon voisinage entre l'Ukraine et la Fédération de Russie est un facteur important de l'accroissement de la stabilité et de la sécurité sur le continent européen, ainsi que dans le monde en général.
2/ Cette année les accords de base sur la flotte de la mer Noire sont entrés en vigueur. Ces accords définissent le statut de son stationnement sur le territoire de l'Ukraine. De plus, l'une des acquisitions importantes dans les relations bilatérales est le passage à la phase finale du processus de la délimitation de la partie terrestre de la frontière ukraino-russe.
L'année passée a été également marquée par des succès considérables dans les développement des relations de bon voisinage et de partenariat avec les PECO, les pays de la région des Balkans. L'obtention par l'Ukraine, en février 1999, du statut d'observateur, tout comme par les USA, la France et la Grande-Bretagne, au sein d'une organisation régionale influente qui est le Conseil des Etats de la mer Baltique est une acquisition importante de l'Ukraine sur le vecteur nord- européen. L'approfondissement de la coopération multiforme avec les pays de la région du Caucase est un indice des changements positifs de la politique extérieure ukrainienne.
Au cours de la période mentionnée, une impulsion considérable a été donnée à la coopération de l'Ukraine avec la Géorgie et l'Azerbaïdjan concernant la mise au point des projets de transport européens et régionaux, l'orientation des circulations de marchandises en provenance des pays de l'Asie et du Caucase vers l'Europe à travers l'Ukraine, le transport du pétrole caspien par l'itinéraire ukrainien : Bakou-Soupsa-Odessa-Brody-pays européens. Un dialogue politique " d'Etat à Etat " au plus haut niveau y a considérablement contribué. De nouvelles évolutions ont marqué la coopération de l'Ukraine avec la Géorgie, l'Azerbaïdjan et la Moldavie dans le cadre du forum consultatif GUAM, auquel a adhéré l'Ouzbékistan après la rencontre des Présidents de ces pays en avril dernier à Washington. L'augmentation du nombre des participants au GUUAM témoigne de l'efficacité et de l'attrait de cette forme de coopération.
L'Ukraine joue un rôle important dans le domaine de la non-prolifération des armes nucléaires où la situation s'est considérablement aggravée après les essais nucléaires effectués par l'Inde et le Pakistan, en utilisant sa réputation de l'état qui, pour la première fois dans l'histoire, s'est libérée de bon gré des armes de destruction massive, l'Ukraine a fait une contribution importante dans la solution de ce problème. La réunion à Kyiv du Groupe spécial de hauts fonctionnaires, crée après les essais nucléaires en Asie du Sud, a été un pas significatif vers la diminution de la confrontation nucléaire dans le monde.

Anatoli ZLENKO
Nommé au poste de ministre des Affaires étrangères d'Ukraine
Le 2 octobre 2000 le Président d'Ukraine a signé le décret nommant Monsieur Anatoli Zlenko, Ambassadeur d'Ukraine en France, au poste de ministre des Affaires étrangères d'Ukraine en remplacement de Monsieur Boris Tarassiouk.
Comme l'a souligné le Président d'Ukraine, le remplacement du ministre des Affaires Etrangères ne signifiait en aucun cas le changement de l'orientation de la politique extérieure de l'Ukraine. Monsieur Anatoli Zlenko avait dirigé la diplomatie ukrainienne entre 1990 et 1994. Jusqu'en 1997 il avait représenté l'Ukraine auprès des Nations Unies
Carrière

1967 Attaché, Deuxième Secrétaire au Ministère des Affaires Etrangères d'Ukraine,
1968-1970 Secrétaire de la Commission Nationale d'Ukraine pour l'UNESCO,
1973-1979 Secrétariat de l'UNESCO, service civil international,
1979 Conseiller au Ministère des Affaires Etrangères d'Ukraine,
1987-1989 vice-Ministre des Affaires Etrangères d'Ukraine,
1979-1983 vice-Président de la Commission Nationale d'Ukraine pour l'UNESCO,
1983-1987 Ministre Plénipotentiaire, Délégué Permanent d'Ukraine auprès de l'UNESCO, Paris, -
1987-1990 Président de la Commission Nationale d'Ukraine pour l'UNESCO,
1989-1990 Premier vice-Ministre des Affaires Etrangères d'Ukraine,
1990-1994 Ministre des Affaires Etrangères d'Ukraine,
1994-1997 Ambassadeur, Représentant Permanent de l'Ukraine auprès des Nations Unies, New York,
1997-2000 Ambassadeur d'Ukraine en France, Délégué Permanent de l'Ukraine auprès de l'UNESCO,
1998-2000 Ambassadeur d'Ukraine au Portugal par cumul des mandats,
2 octobre 2000 Nommé comme Ministre des Affaires Etrangères d'Ukraine par décret du Président d'Ukraine.
Ukraine-Union Européenne
Le 15 septembre 2000, dans le cadre de la présidence française, à Paris s'est tenu le IV-ème Sommet UE-Ukraine. Le climat de confiance et de compréhension réciproque a marqué ce Sommet
Pour la première fois à l'issue d'un Sommet " Ukraine-UE " a été adoptée une déclaration conjointe. Ce document constate clairement que les relations entre l'Ukraine et l'Union Européenne sont entrées dans une nouvelle et importante étape de la mise en œuvre du partenariat stratégique. Il définit, notamment, qu'une "une mise en œuvre satisfaisante de l'accord de partenariat et de coopération (en vigueur entre l'Ukraine et l'UE depuis 1 mars 1998) permettra à l'Ukraine de se rapprocher davantage de l'UE ".
Lors de l'échange de points de vues les deux parties ont réaffirmé l'importance du caractère démocratique des réformes politiques en Ukraine et la mise en œuvre, conformément à la Constitution, des résultats du référendum organisé le 16 avril 2000. Dans ce contexte, il a été noté que " la mise en place d'institutions stables garantissant la démocratie, l'état de droit et l'économie de marché en Ukraine souligne les aspirations européennes " de l'Ukraine et " son choix proeuropéen ".
A cet égard, en faisant le point sur ce sujet lors de la conférence de presse conjointe, M. J.Chirac, Président de la République française, a déclaré que "plus que jamais nous souhaitons voir l'Ukraine se rapprocher de l'Union". Nous considérons que l'Ukraine c'est l'Europe. Par sa géographie, sa culture, son histoire et parce qu'elle apporte une contribution importante à la stabilité et la sécurité de l'ensemble de notre continent ". Pour sa part, M. L.Koutchma, Président de l'Ukraine, évoquant la question de l'élargissement de l'UE, a mis l'accent sur ce que " l'objectif stratégique de l'Ukraine reste invariable : c'est l'intégration, dans le future, dans l'Union européenne. Le travail, qui contribue à l'application de ce cap deviendra de plus en plus pragmatique et de plus en plus concret ". Il a aussi souligné qu'on ne peut pas admettre de nouvelles lignes de fracture en Europe et que l'Ukraine et l'UE doivent " préserver tout ce qui est positif et qui a été obtenu entre nous et l'UE ".
S'agissant de la décision de l'Ukraine de fermer définitivement la centrale nucléaire de Chernobyl le 15 décembre 2000, l'Union européenne a confirmé les engagements concernant la mise en oeuvre du Protocole d'accord conclu entre le 6-7, la Commission européenne et l'Ukraine sur la fermeture de la centrale de Chernobyl. En outre, au cours de cette visite à Paris M. L.Koutchma a eu des rencontres bilatérales avec le Président de la République française, Monsieur J.Chirac, et le Premier- ministre, Monsieur L.Jospin, ainsi qu'avec le Gouverneur de la Banque de France, Monsieur J.C.Trichet. Les résultats positifs de ces pourparlers permettent donc d'élargir une coopération efficace et durable entre l'Ukraine et la France.
Programme d'intégration de l'Ukraine à I'UE
Le Président de l'Ukraine M. L.Koutchma a adopté par l'arrêté du 14 septembre 2000 le programme élaboré par le Cabinet des Ministres d'intégration à l'Union européenne. Le Président a chargé le Cabinet des Ministres d'élaborer, à partir de 2001, un plan d'actions annuel pour la réalisation du programme, y compris en ce qui concerne l'adaptation de la législation ukrainienne à la législation de l'UE et d'effectuer le monitoring de son exécution.Le programme d'intégration compte 140 chapitres sur 300 pages. Selon ce programme, l'Ukraine doit adhérer à l'UE avant 2007. Les termes d'intégration dépendent de l'obtention par l'Ukraine du statut du pays avec l'économie de marché et de son entrée dans l'Organisation Mondiale du Commerce. Le 15 septembre dernier lors de la conférence de presse à l'issue du Sommet UE-Ukraine à Paris le Président de l'Ukraine a déclaré, que l'Ukraine envisage devenir membre à part entière de l'OMC en 2001
Forum international "UKRAINE ET L'UNION EUROPEENNE.- ENSEMBLE AU XXI SIECLE"
Forum international du Business, des Investissements et de la Privatisation "UKRAINE ET L'UNION EUROPEENNE: ENSEMBLE AU XXI SIECLE" aura lieu les 19 - 20 octobre 2000 à Paris avec la participation du Premier Ministre de l'Ukraine, des membres du Gouvernement, du Parlement, des Présidents Directeurs Généraux des entreprises ukrainiennes
Visite du Premier ministre de l'Ukraine à Paris
Le 19 octobre V. Youchtchenko, le Premier Ministre ukrainien s'est rendu à Paris à la tête de la délégation ukrainienne. Le Premier ministre a inauguré le forum international "Ukraine - Union Européenne: ensemble dans le XXI-ème siècle". La délégation ukrainienne composée de 50 personnes - députés représentants des ministères et des administrations nationales et locales, des milieux d'affaires et de finances. Plus de 70 représentants des milieux d'affaires français ont participé au travail du forum. Par la suite, V.Youchtchenko a rencontré les dirigeants d'Electricité de France afin de leur présenter les conditions de la privatisation des compagnies de distribution de l'électricité. Cette année le Gouvernement a l'intention de vendre avec le soutien d'un Conseiller (de la banque Crédit Swiss First Boston) en quantités très importante d'actions (de 51% à 75,6%) de 7 compagnies de distribution d'électricité: "Jytomiroblenergo", "Kyûvoblenergo", "Khersonoblenergo", "Mykolaûvoblenergo", "Sevastopolenergo", "Rivneoblenergo", "Kirovohradoblenergo". Les résultats des appels d'offre seront annoncés au mois de décembre.


ASSEMBLEE NATIONALE FRANCAISE
Onzième législature
Relations interparlementaires

ALLOCUTION D'OUVERTURE DU COLLOQUE M. Raymond FORNI, Président de l'Assemblée nationale


5 décembre 2001

Monsieur le Président du groupe d'amitié,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Chers collègues, Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs,

L'Ukraine fête, en ce mois de décembre 2001, le dixième anniversaire de son indépendance. Je suis reconnaissant à Alain Barrau d'avoir pris, pour le célébrer, l'initiative de ce colloque. Car cet anniversaire est, pour le parlementaire que je suis, important: il est celui de la démocratie dans ce pays. Certes, l'avènement de la liberté n'a pas réglé comme par miracle tous les problèmes auxquels était confrontée l'Ukraine. Mais au terme de ces dix années de changements, c'est avec optimisme que nous pouvons nous tourner, avec les Ukrainiens, vers l'avenir.

Cette indépendance, l'Ukraine a su véritablement la conquérir.

L'indépendance se gagne d'abord dans les urnes. C'est du suffrage universel et du seul suffrage universel que peut émaner un pouvoir légitime. Des élections se tiendront l'an prochain, aux mois de mars et avril 2002, en Ukraine. Les rythmes habituels de la vie démocratique s'installent ainsi progressivement dans ce pays. Je m'en réjouis. Je souhaite que ce printemps 2002 soit véritablement un printemps de la démocratie en Ukraine.

C'est aussi une indépendance politique qu'il a fallu bâtir, dans une relation équilibrée avec le voisin russe. Les relations entre l'Ukraine et la Russie resteront longtemps particulières. Car elles s'enracinent dans toute la profondeur de plus d'un millénaire d'histoire partagée. Elles s'apparentent à celles que nous Français entretenons avec des pays qui nous sont très proches historiquement ou culturellement. A cet égard, je veux souligner que l'année 2001 est aussi celle du 950eme anniversaire des noces du roi Henri 1" de France avec la princesse Anne de Kyïv.

Mais ces relations conservent aussi l'empreinte d'un passé parfois difficile que l'Ukraine a eu le courage de surmonter, de moments tragiques que les Ukrainiens ont décidé de dépasser, sans les oublier, afin de nouer, avec la Russie, des relations apaisées.

Indépendante, la nouvelle Ukraine est devenue un véritable partenaire européen.

Un partenaire européen, c'est un pays qui cherche à contribuer à la stabilité de notre continent. L'Ukraine le fait, en poursuivant une politique de bon voisinage avec la Pologne, la Roumanie, la Hongrie. L'Ukraine le fait, en menant, en matière de désarmement nucléaire, une action déterminée. L'Ukraine le fait, en contribuant à la recherche d'un règlement du conflit en Transnistrie et en participant aux forces de maintien de la paix au Kosovo.

Un partenaire européen, c'est un pays qui face aux crises majeures réagit à l'unisson des autres Européens. Après les attentats du 11 septembre, les autorités ukrainiennes ont manifesté, comme les autorités françaises, comme celles de tous les pays d'Europe, leur pleine solidarité avec les Etats-Unis.

C'est pourquoi la France souhaite aider l'Ukraine à consolider son indépendance.

L'Ukraine est pour nous un pays qui compte. Elle joue un rôle décisif dans la stabilité de l'Europe orientale. Elle sera bientôt à partir de 2004 l'un des voisins immédiats de l'Union européenne. Il nous faudra donc approfondir avec ce pays une coopération indispensable dans de nombreux domaines essentiels la question de la circulation des personnes et des migrations n'étant pas des moindres. Le gouvernement a souhaité organiser, en septembre 2000, à Paris, le sommet Union européenne-Ukraine. C'était un indice important de l'intérêt que nous portons à ce pays.

Il nous faut accompagner le redressement économique de l'Ukraine. Ce redressement a été spectaculaire, puisque l'année 2000 a connu le premier taux de croissance positif depuis l'indépendance. Alors que l'horizon économique mondial s'obscurcit, il nous faut soutenir les réformes en cours. Les finances publiques ont été assainies en 2000. La fiscalité, les secteurs de l'énergie et de l'agriculture ont été réformés. Des privatisations sont engagées. Symptôme de ce redressement, les réserves de la banque nationale d'Ukraine ont doublé depuis le début de l'année, dépassant 3,15 milliards de dollars, un montant record depuis l'indépendance.

Nos échanges restent encore trop modestes, la France n'est que le neuvième fournisseur de l'Ukraine. Je souhaite que les entreprises françaises se portent plus nombreuses vers ce marché de 50 millions d'habitants, vers ce pays qui, par bien des traits, ressemble au nôtre.

Mesdames, Messieurs, avant que vos travaux ne débutent véritablement, je voudrais rappeler qu'avant que n'intervienne la grande "glaciation " de cette partie de l'Europe, la première déclaration d'indépendance de l'Ukraine, proclamée le 1" novembre 1918, garantissait "à tous les citoyens de l'Etat ukrainien, sans distinction de nationalité et de confession (...) l'égalité politique, nationale et confessionnelle". L'inspiration de cette déclaration était manifestement celle de notre Révolution. Les valeurs d'égalité dont elle confiait la défense au nouvel Etat ukrainien étaient donc un peu celles de notre République. Par delà les souvenirs historiques, c'est cette inspiration, ce sont ces valeurs qui fondent l'amitié entre l'Ukraine et la France. Sachons faire en sorte qu'elles soient chaque jour un peu plus largement partagées.

L'UKRAINE. LE RETOUR A L'EUROPE DE LA " NATION OUBLIEE "
M. Alain BARRAU, Président du groupe d'amitié France- Ukraine

En 1989 avait lieu à Rome un colloque intitulé: " l'Ukraine, la nation oubliée ". Dix ans se sont écoulés depuis l'accession de l'Ukraine à l'indépendance, plus de dix ans se sont écoulés depuis ce colloque et aujourd'hui, chacun trouverait très surprenant que l'on considère comme une nation oubliée un pays de près de 50 millions d'habitants.
A la veille du dixième anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques entre la France et l'Ukraine, alors que l'indépendance de l'Ukraine a déjà dix ans, cette journée de l'Ukraine à l'Assemblée nationale tend à rappeler ce qui est désormais up@., évidence: l'Ukraine est bien présente et elle a plus que jamais un rat à jouer.

Nous assistons à la renaissance et à l'affirmation de l'Ukraine.

L'Ukraine a une identité spécifique: L'Ukraine n'est pas un nouvel Etat, puisque son indépendances été proclamée une première fois en 1918. Le Parlement actuel a d'ailleurs repris le nom de la " Rada " (" conseil "), qui avait proclamé cette fragile indépendance. Si je rappelle ces points d'histoire, c'est que l'identité de ce pays s'est confondue avec son histoire, ses tragédies, que nous découvrons pour certaines aujourd'hui, comme la famine des années trente, mais surtout avec sa langue. D'ailleurs, l'Assemblée a tenu à ce que l'ukrainien, votre langue, soit une de nos deux langues de travail aujourd'hui. Je remercie l'ambassade d'Ukraine à Paris pour l'aide qu'elle a pu nous apporter, et je me réjouis avec mes collègues d'entendre votre belle langue. L'existence d'une identité propre à l'Ukraine est désormais admise. Le souvenir d'un Etat ukrainien était jusqu'en 1991 relativement lointain, il a fallu quelques années pour que l'on parle de l'Ukraine comme d'un acteur à part entière de la diplomatie européenne, et le premier succès de l'Ukraine indépendante a justement consisté à rendre cette indépendance visible et irréversible.

Ces premiers dix ans n'ont pas été une " décennie perdue " mais une décennie de démarrage. La décennie qui vient de s'écouler a été difficile pour l'Ukraine. Les difficultés de la transition économique ont été particulièrement sensibles, l'Ukraine souffrant de sa forte dépendance énergétique à l'égard de la Russie et de l'endettement qui en découle. Cette question est aujourd'hui en voie de règlement et ne devrait plus peser du même poids. -

Le potentiel économique de l'Ukraine demeure néanmoins important, en particulier dans les domaines agricole et industriel. L'Assemblée nationale a été associée à la coopération entre l'Ukraine et le ministère de l'agriculture français. J'ai reçu moi-même Mme Vaschouk, votre collègue Présidente de la Commission de l'agriculture à la Rada. Enfin, les derniers chiffres de l'économie ukrainienne autorisent un certain optimisme. Après dix ans, l'économie ukrainienne a connu son premier taux de croissance positif depuis 1991 en 2000 : une croissance de 6% ainsi qu'un excédent de la balance commerciale de 2,8 milliards de dollars.

La faite des capitaux, problème qui a longtemps pesé sur l'économie de l'Ukraine, semble avoir fortement diminué puisqu'elle est passée de 1 milliard de dollars en 1999 à 1 00 millions de dollars en 2000.

Aussi bien en ce qui concerne l'Ukraine qu'à propos de sa situation en Europe, utiliser à propos des années quatre-vingt-dix cette expression, que l'on entend parfois, de " décennie perdue " est erroné. Au-delà du bilan économique de la décennie, pendant laquelle il a fallu en quelque sorte régler la facture de la gestion précédente, il est apparu d'une manière de plus en plus évidente que l'indépendance acquise en 1991 n'avait aucun caractère artificiel, contrairement à ce que l'on entendait souvent à l'époque. Là se trouve l'acquis majeur de la décennie.

Si l'identité d'un pays se construit dans le regard que lui portent. les autres, l'Ukraine est aujourd'hui reconnue alors qu'en 1993, M. Kravtchouk constatait avec amertume que "sur les cartes des dirigeants du monde, l'Ukraine n'existe même pas ".

L'Ukraine a consolidé son indépendance et affirmé sa souveraineté.

Au-delà de la dépendance économique vis-à-vis de la Russie, l'Ukraine a su ces dernières années entériner dans les faits une indépendance qui paraissait un peu théorique il y a dix ans. L'Ukraine a tout d'abord normalisé ses relations bilatérales avec la Russie. Elle a fait en sorte que la Communauté des Etats Indépendants (CEI) ne, soit pas pour elle un simple prolongement du carcan soviétique - ce qui ne paraissait absolument pas évident en 1994. L'Ukraine est parvenue à régler les différents contentieux qu'avait laissés une indépendance peut-être un peu soudaine, à savoir les questions de la Crimée, de la flotte de la mer Noire ou encore la question de la présence sur son sol d'une partie de l'arsenal nucléaire soviétique.

C'est ainsi que le Traité d'amitié et de coopération que l'Ukraine et la Russie ont signé le 31 mai 1997 non seulement réglait définitivement ces problèmes, mais surtout entérinait définitivement cette souveraineté ukrainienne, qui était parfois peu ou mal acceptée à Moscou. Il s'agit donc d'aider l'Ukraine à bâtir vis-à-vis de la Russie une relation sur un pied d'égalité.

Il reste que l'intégration entre les deux pays est profonde. Environ la moitié de la population ukrainienne parle le Russe et l'Ukraine continue de dépendre des ressources énergétiques russes. Il n'est donc pas question pour l'Ukraine de couper ses relations avec son voisin russe, ni d'établir avec ce dernier des rapports de méfiance qui seraient néfastes pour l'un comme pour l'autre. L'Ukraine est aujourd'hui bien décidée à ce que ses relations avec la Russie ne relèvent pas d'un rapport " entre aîné et junior ", pour reprendre la formule prononcée en 1992 par le Président Kravtchouk.

L'Ukraine est une puissance régionale.

Elle est un partenaire pour la paix : la meilleure preuve de l'émancipation de l'Ukraine est le rôle joué par cette dernière au niveau international. L'Ukraine a fortement affirmé cette volonté en annonçant en 1996 un partenariat stratégique avec les Etats-Unis. L'Ukraine a également été le premier pays à adhérer au partenariat pour l'initiative de paix de l'OTAN et en a été un participant très actif L'OTAN et l'Ukraine ont également signé en 1997 une " charte de partenariat spécifique " qui inclut un mécanisme de consultation lors des crises.

Plus concrètement, l'Ukraine participe activement au maintien de la paix en ex-Yougoslavie et, à cette fin, a constitué un bataillon commun avec la Pologne. Ce faisant, l'Ukraine a montré qu'elle était en mesure de construire une relation bilatérale approfondie avec un futur membre de l'Union européenne. L'Ukraine a également cherché à se montrer à la hauteur de ses responsabilités régionales en participant activement à la recherche d'une solution au problème de la Transnistrie.

Elle est une puissance régionale européenne. L'Ukraine a également fait la preuve de sa capacité à construire, dans un cadre régional, une relation multilatérale constructive. L'Ukraine adhère au Conseil de l'Europe en 1995, puis devient membre de l'initiative centre-européenne. L'Ukraine s'est en outre montrée active dans le cadre du GOUAM (Géorgie, Ouzbékistan, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) ou de l'organisation de coopération économique de la mer Noire. C'est par cette participation à des forums régionaux et par la mise en place de relations bilatérales harmonieuses avec ses voisins roumain, bulgare et polonais que l'Ukraine assume le rôle central que lui confère sa géographie.

Nous devons également prêter attention à la capacité qu'a l'Ukraine d'entretenir des relations avec l'ensemble des républiques caucasiennes. L'Ukraine, de par sa position géostratégique, est à même de favoriser une présence européenne dans cette région.
Cette relation avec la Pologne, les Présidents Kravtchouk et Walesa ont commencé à la construire dès 1993, et son importance s'est progressivement accrue à mesure que se précisait la perspective de l'adhésion de la Pologne à l'Union européenne, adhésion qui fera de l'Ukraine un pays frontalier de l'espace Schengen. En tant que Président de la Délégation à l'Union européenne, je ne peux que m'interroger sur la position que nous devons adopter face à l'Ukraine suite au prochain élargissement de l'Union à ses voisins les plus proches.

Pour ces raisons il existe une stratégie visant à encourager l'Ukraine. Le plus important et le plus difficile est donc d'adopter le juste comportement vis-à-vis d'un pays qui doit encore fournir un effort considérable. Personne n'est en position de dicter à l'Ukraine sa politique ou de déterminer à sa place son destin. Il appartient en revanche à l'Europe de rendre aussi facile que possible une évolution souhaitée par chacun. C'est dans cette perspective que s'inscrit la stratégie de l'Union européenne. Lors des tables rondes de ce colloque, nous aborderons sans aucun doute ces diverses questions. Mais, me direz-vous, pourquoi un tel événement à l'Assemblée nationale?

L'Ukraine est sur le chemin de la démocratie, mais celle-ci ne se décrète pas, elle se construit.

La démocratie n'est pas réalisée une fois proclamée. Il faut la construire et la faire vivre, et cela dépend souvent, plus qu'on ne le croit, des conditions matérielles et techniques de son implantation. C'est à ce titre que les Parlements ont le devoir de s'entraider, et c'est pour cette raison que l'Assemblée nationale a mis la coopération interparlementaire en bonne place dans son action diplomatique, en aidant à l'approfondissement de l'Etat de droit et au bon fonctionnement des institutions démocratiques. Avant de juger de la progression de l'Etat de droit dans une démocratie émergente, il faut d'abord se demander ce que l'on a soi-même fait pour la favoriser.

Le Traité d'entente et de coopération entre la France et l'Ukraine, signé en 1992, pose le principe du développement d'actions de coopération dans le domaine des institutions démocratiques et de l'Etat de droit, ainsi que celui d'une coopération renforcée entre les Parlements des deux Etats.

L'action de l'Assemblée en ce sens est importante. C'est dans cet esprit que l'Assemblée nationale a mis en oeuvre une coopération technique régulière avec le Parlement ukrainien. Ainsi, une délégation de haut niveau, composée de cinq Présidents de Commission de la Verkhovna Rada, dont M. Ostach qui est aujourd'hui présent, "a suivi en mars 2001 un programme technique qui portait sur les questions budgétaires, sur la constitutionnalité des lois ainsi que sur les procédures parlementaires.

Le Bureau de l'Assemblée nationale a également voulu apporter son concours à l'émergence de la démocratie ukrainienne en envoyant, à la demande des autorités ukrainiennes, des observateurs lors de toutes les élections législatives et présidentielles qui s'y sont tenues depuis l'indépendance.

L'Assemblée nationale est un lieu où les occasions de contacts sont multiples. C'est à cette fin qu'ont été créés les groupes d'amitié, et c'est parce que le groupe d'amitié France-Ukraine a été particulièrement actif depuis sa création, en 1993, que le colloque d'aujourd'hui a pu être organisé. Outre les contacts réguliers qu'il entretient avec des personnalités et des délégations ukrainiennes, ce groupe d'amitié a également été régulièrement associé aux commissions mixtes franco-ukrainiennes organisées par le ministère des finances ou dans le cadre de la coopération européenne.

Ses membres participent à des actions locales ou nationales. Bemadette Isaac-Sibille travaille avec la région de Dnipropetrovsk. Claude Birraux, vice-président de l'Office des Choix technologiques, est allé à Kyïv pour assister aux auditions parlementaires à l'occasion de la fermeture de la centrale de Tchernobyl, en décembre 2000. René André, vice-président du groupe d'amitié France-Ukraine a représenté l'Assemblée nationale au dernier Forum franco-ukrainien à Kyïv.

L'Europe de demain se construit en différences étapes, et l'élargissement ne doit pas être perçu par l'Ukraine comme un problème. L'Ukraine indépendante et démocratique est encore en construction mais les progrès réalisés sont considérables. Il importe d'encourager l'Ukraine dans la voie qu'elle s'est choisie, qui est celle d'une indépendance affirmée et d'un retour à l'Europe. Je vous souhaite à tous la bienvenue, et à nos amis ukrainiens, je dirai : ( vitayemo " (" bienvenue " en ukrainien).

 

Web-dizane: Paul Podobed

© Rochefor-Kherson

2003

 

 

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